Ma scolarité en milieu ordinaire

Tout d'abord, vous le savez, je suis entièrement pour l'insertion des personnes autistes en milieu ordinaire. Cela ne signifie pas pour autant qu'une scolarité dite normale est un long fleuve tranquille. Ce blog n'a pas été crée pour raconter ma vie, j'écris surtout pour aider les autistes, éduquer leur entourage et toute personne souhaitant en apprendre un peu plus.

Mais les témoignages ont des vertus pédagogiques, alors allons-y, ma scolarité en milieu ordinaire :

- Maternelle : tout se passe très bien, je suis une enfant très gaie qui adore l'école et apprendre. J'apprends très vite à lire.
- Primaire : j'adore toujours apprendre, mon centre d'intérêt spécifique est la lecture et je lis partout. Selon ma tante et de source sûre donc, l'un de mes premiers livres est le "Monde de Sophie". Cela m'étonne un peu, je pense que je faisais surtout semblant de lire mais depuis j'étudie la philosophie alors cette anecdote me fait sourire!

Je rencontre néanmoins mes premiers soucis Aspie. D'une part le développement de stéréotypies envahissantes, d'autre part une motricité fine proche du néant.

Une institutrice a donc déchiré tous mes cahiers en disant que j'écrivais comme un cochon, cette expérience m'a traumatisée.

Collège Tout s'aggrave. J'ai des tics du visage très impressionnants, tous mes pairs m'ignorent, m'insultent, se moquent de moi. J'avais des amis la première année mais très vite tous ont commencé à retourner leur veste. J'ai vécu un véritable harcèlement : insultes, coups, rumeurs, diverses manœuvres pour que mes notes soient moins bonnes... Je ne dois mon salut qu'à une prof d'anglais qui a passé un sacré savon à mon harceleuse principale. Les cours de sport étaient ma hantise. Personne ne me choisissait lorsqu'il fallait former les équipes. J'avais peur de plonger à la piscine, je me blessais dans certains cours, je ne savais pas attraper une balle et la relancer, pendant les sports collectifs j'étais terrorisée à l'idée de mal faire car cela signifiait représailles de la part de mon groupe... Je le répète, FORCER une personne avec autisme à faire des activités de groupe ou pire du sport en groupe est une aberration. On voit forcément apparaître des phénomènes de harcèlement.

Lycée : nette amélioration, sauf au début. La première année, les professeurs m'ont prise pour une crétine finie. J'étais dernière de la classe car j'avais beaucoup de préoccupations. Mon professeur de français était consterné. Tous disaient en chœur "elle n'aura pas son bac" "nous n'allons pas la laisser passer en général". Se moquant même de mes stéréotypies! "Votre fille sera musicienne Madame, elle tapote la table avec son stylo!". Et miracle, à la fin de l'année, mon énergie est revenue. Ce professeur de français est tombé sur l'une de mes dissertations, a trouvé ça très bon et a décidé de la lire en exemple pour toute la classe. Bien sûr, cela n'a empêché personne de m'accuser de triche, d'autant plus que mes notes ont fini par s'améliorer avec des 18, 20... Quelle joie également lorsque ma prof d'histoire de Seconde m'a vue, en tant que surveillante d'épreuve, passer mon bac général, elle qui ne misait rien sur moi! Le reste du lycée s'est très bien passé, j'avais des amis et j'étais la petite chouchoute des profs même si je ne faisais rien de spécial pour.
Prépa littéraire Non seulement j'ai eu mon bac général mais j'ai en plus été admise en classe prépa. La première année s'est mal déroulée, j'avais un noyau d'une dizaine d'amies mais presque toutes sont parties vers d'autres horizons. J'ai passé donc cette année un peu seule, n'allant pas vers les groupes déjà formés. Suite à des hospitalisations multiples, j'ai redoublé ma spé. Et la deuxième année fut bien meilleure. De plus petits effectifs, des potes, des cours très intéressants. Moi qui avait une moyenne de 3 en grec ancien, j'ai eu une moyenne de 17,5 la deuxième année! Idem, des améliorations fulgurantes en anglais et en latin. Pourquoi raconter tout ça? Pour me faire mousser? Pour vous faire comprendre qu'un Aspie peut, une fois la méthode acquise, faire des progrès fulgurants en un laps de temps très court! Au lycée je suis passée de dernière à première de la classe en quelques moins, en prépa j'ai fini par majorer en grec alors que j'avais 3 de moyenne au début! Il ne faut jamais jamais jamais écouter l'avis des professeurs sur votre niveau ou celui de votre enfant. Vous POUVEZ progresser. Mais idem, il y a eu des suspicions de triche à mon égard. En effet j'avais écrit un passage sur la musique classique (la musique étant mon centre d'intérêt spécifique) dans ma dissertation (un DST, pas un DM, donc fait en classe) et il a cru que j'avais plagié...
Fac n'ayant pas pu continuer ma prépa pour cause d'hospitalisation, j'ai décidé de me réorienter en fac. Les cours sont très intéressants mais pour un Aspie plusieurs difficultés peuvent se poser. D'abord, certains profs de TD interrogent les élèves pendant le cours, parfois ont des réponses assez sarcastiques. Je vous conseille d'en parler au référent handicap de la fac afin de le noter sur votre plan d'accompagnement personnalisé (difficultés à parler en public). Je trouve que même s'il est plutôt facile d'aborder les gens à la fac, se faire de véritables amitiés est un parcours du combattant. à suivre...

J'espère vous avoir donné un peu d'espoir. J'ai été diagnostiquée à l'âge de 20 ans et je n'ai jamais eu d'AVS.